Rimbaud – Les poètes de sept ans (Léo Ferré)

Publié: 30 janvier 2011 dans Chanson, Chanson française, Ferré Léo, Rimbaud Arthur
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Arthur n’a que 17 ans quand il écrit ce texte vitriolique

Léo Ferré interprète "Les poètes de sept ans", l’un des plus célèbres poèmes d’Arthur Rimbaud..

Le jeune Arthur entre au collège municipal de Charleville, où il s’avère être un brillant élève; collectionnant les prix d’excellence en littérature, version, thème… Il rédige en latin avec aisance, des poèmes, des élégies, des dialogues. Mais, comme l’extrait  ci-dessous de son poème le laisse imaginer, il bout intérieurement :

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits,
Semblaient prouver en lui d’âpres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
À l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.

Il compose ce poème le 26 mai 1871. Arthur n’a alors que 17 ans. Son poème fera partie d’une lettre qu’Arthur Rimbaud écriera, le mois suivant, à Paul Demeny. Ce dernier dont le nom est aujourd’hui complètement tombé dans l’oubli,  jouissait alors d’une grande estime dans le milieu littéraire.

Au début du poème, Rimbaud fait référence à la révolte de l’enfant à l’égard de sa mère. On trouve en effet dans cet autoportrait toute la révolte de l’enfant Rimbaud face aux contraintes sociales, aux normes religieuses et à l’éveil d’une sexualité diffuse. Et le rythme saccadé du poème et sa syntaxe un peu débridée, accentuent encore davantage le caractère corrosif  du texte du jeune Rimbaud.

Mais son poème ne peut se comprendre sans que nous prenions en compte le contexte politico-social dans lequel baigne le jeune Rimbaud.  Après la guerre contre la Prusse, la Commune de Paris s’organise. Arthur se rend donc à Paris. Et la légende veut qu’il ait participé à la Commune, en rédigeant divers écrits…

La trame musicale créé par Léo Ferré

La trame musicale que Ferré a placé sur les mots de Rimbaud souligne particulièrement bien le caractère explosif de ce texte où le jeune Rimbaud évoque sa propre enfance et sa révolte contre l’ordre dominant.

Nous vous proposons ci-dessous deux versions de la même pièce.

Tout d’abord une vidéo de la chanson chantée par Léo Ferré en spectacle (la date et le lieu ne sont pas malheureusement pas mentionnés)

Vous verrez ensuite un montage vidéo qui reprend, en trame sonore, la version enregistrée sur disque par Léo Ferré de ce célèbre poème, mais qui présente d’intéressantes photos et quelques dessins qui sont de la main du jeune Arthur.

 

 

Sources:  Études LittérairesRimbaud expliquéWikipedia

Léo Ferré en spectacle – Les poètes de sept ans (Rimbaud )

Léo Ferré – Les poètes de sept ans (Rimbaud ) – Photos du jeune Rimbaud

 

Les poètes de sept ans

Et la Mère, fermant le livre du devoir,
S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,
Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,
L’âme de son enfant livrée aux répugnances.

Tout le jour il suait d’obéissance ; très
Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits
Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.
Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,
En passant il tirait la langue, les deux poings
A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.
Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe
On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,
Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été
Surtout, vaincu, stupide, il était entêté
A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :
Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.
Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet
Derrière la maison, en hiver, s’illunait,
Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne
Et pour des visions écrasant son oeil darne,
Il écoutait grouiller les galeux espaliers.
Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers
Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,
Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue
Sous des habits puant la foire et tout vieillots,
Conversaient avec la douceur des idiots !
Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,
Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,
De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.
C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie
Du grand désert, où luit la Liberté ravie,
Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait
De journaux illustrés où, rouge, il regardait
Des Espagnoles rire et des Italiennes.
Quand venait, l’oeil brun, folle, en robes d’indiennes,
- Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,
La petite brutale, et qu’elle avait sauté,
Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,
Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,
Car elle ne portait jamais de pantalons ;
- Et, par elle meurtri des poings et des talons,
Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.

Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;
Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.
Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,
Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg
Où les crieurs, en trois roulements de tambour,
Font autour des édits rire et gronder les foules.
- Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor !

Et comme il savourait surtout les sombres choses,
Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,
Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,
Il lisait son roman sans cesse médité,
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,
De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,
Vertige, écroulements, déroutes et pitié !
- Tandis que se faisait la rumeur du quartier,
En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile
Écrue, et pressentant violemment la voile !

Lire la biographie de Léo Ferré

Autres chansons à écouter
Pages en préparation et qui seront publiées incessamment:
  • Serge Reggiani – La Chanson de Maglia (Victor Hugo)
  • Jacques Douai – Il n’y a pas d’amour heureux
  • Georges Ulmer – Un monsieur attendait
  • Serge Lama – L’enfant d’un autre
  • Philippe Clay – Julie la rousse
  • Cora Vaucaire – Rue St-Vincent
  • Jacques Brel – Quand on a que l’amour
  • Mortimer Schuman – L’accordéon naufrageur
  • Marc Ogeret (Aragon)- J’entends, j’entends !
  • Régine – Les P’tits Papiers
  • Dominique Michel – En veillant sur le perron
  • Félix Leclerc – Le Petit Bonheur (1950)
  • Claude Léveillée – Les vieux pianos
  • Georges Brassens -  Le temps ne fait rien à l’affaire
  • Georges Guétary – La valse des regrets
  • Félix Leclerc – Le tour de l’Île
  • Emile Nelligan – Le Vaisseau d’Or
  • La vie en rose – Édith Piaf
  • Stanislas – Ricet Barrier

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Commentaires
  1. [...] de cinéma et de télévision. Il prête également sa voix pour des lectures de poètes comme : Arthur Rimbaud, Jean Genet, József Attila, … Il a commis en compagnie d’Eve Griliquez une  « Anthologie [...]

  2. normane turcotte dit :

    Cette interprétation de Léo Ferré du magnifique poème d’Arthur Rimbaud, m’a transportée j’ai dû l’écouter deux fois afin de me rassasier.
    J’adore ton site.
    Je t’embrasse

    • Merci ma chère Normande pour ton gentil commentaire. J’espère que J-P. ne t’aura pas trop forcé la main pour que tu prennes ton clavier d’assaut. Sache, en tout état de cause, que je l’apprécie au plus haut point.

      Comme le je soulignais, ce matin même, à une fidèle "auditrice" du site "J’ai la mémoire qui chante" les internautes n’ont généralement pas la plume « volubile » (si on peu se permettre ce mauvais jeu de mot). Cette semaine, nous avons franchi le cap des 10 000 visites sur le site et pourtant les fidèles du site qui, comme toi, osent subir les sueurs froides de la plume, ne se comptent que sur les doigts des deux mains, pas plus…

      Je te souligne, en terminant, que Je viens de mettre la dernière main à une page spéciale pour le jour de la St-Valentin, ne la manque surtout pas !

      Je t’embrasse !

      P.

  3. Melocoton dit :

    Désolé, je n’ai également que « myspace » comme source d’informations pour ce chanteur dont le nom apparaît quelquefois sur des anthologies ou sur des albums de la collection « Poètes & chansons » comme ceux dédiés à Hugo, Villon, Cros, Musset et Rimbaud.

    • Merci Melocoton. Pouvez-vous m’en dire un peu plus sur ce Chris Papin qui est, je dois le reconnaître, totalement inconnu au Québec!
      Sur internet j’ai trouvé sa page "MySpace" qui en dit, bien peu, sauf qu’il serait en quelque sorte un "naufragé" d’un ancien groupe rock.

  4. Beau et bon travail. Quelle richesse !

    • Merci Aimée…
      De tous les textes que j’ai eu à écrire sur ce blogue, c’est celui qui m’a demandé le plus de boulot.je crois l’avoir repris au moins à dix reprises. Il faut croire que, pour une fois, j’ai pris le temps d’en faire moins long, comme le dit je-ne-sais-plus-trop-qui. Aborder Rimbaud n’est pas la plus simple des tâches (j’ai encore en mémoire, le long essai que j’avais rédigé sur Rimbaud, en philo II au Collège Sainte-Marie). Mais en même temps, sa poésie a toujours exercé sur moi une grande fascination.

  5. [...] Rimbaud – Les poètes de sept ans (Léo Ferré) « J’ai la mémoire qui chante [...]

  6. Melocoton dit :

    Deux autres versions :

    La première, lue par André Breton : http://www.zshare.net/audio/8590217543c20c01/

    La seconde chantée par Chris Papin : http://www.zshare.net/audio/85902767003c7fc0/

    • Même si André Breton est ce qu’il est, sa lecture du texte de Rimbaud est passablement surannée; mais cet enregistrement a évidemment une valeur historique.

      Je n’ai malheureusement pas réussi à écouter cette de Chris Papin.

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