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Le maître des mots…  !

Personne n’a usé et  joué avec les mots comme l’a fait Boby Lapointe.  Son amour des mots et son envie d’écrire le pousseront à composer des chansons dont le style marginal, tout en calembours, en jeux de mots et en contrepèteries, ne l’aidera pas à percer et à se tailler une place dans le monde de la chanson. Lapointe écrira tout d’abord un recueil de poésies et  ensuite un traité sur les calembours. Mais c’est la chanson qui le fascinera avant tout.

Il cherchera désespérément des interprètes pour ses chansons, mais son style rebute : lors d’un gala de la chanson à Juan-les-Pins, les Frères Jacques qu’il y rencontre déclinent sa proposition, un peu effrayés par la complexité de ses textes. Il fera finalement ses débuts en tant que chanteur dans un cabaret parisien, le Cheval d’Or.  Il y croisera Anne Sylvestre, Raymond Devos, Ricet Barrier et Georges Brassens, avec qui naîtra une grande amitié. Au cours des années 1960, Lapointe et Brassens enchaîneront les tournées et les récitals.

Lapointe est remarqué non seulement pour sa présence physique (sa taille et son aspect faussement bourru n’y sont pas étrangers) mais aussi pour son élocution aléatoire et son style de textes tout en jeux de mots. Il devient ainsi l’attraction principale du Cheval d’Or. Et c’est à cet endroit qu’il attirera l’attention du réalisateur François Truffaut qui voudra lui donner sa chance en le faisant apparaître dans un de ses films.

Truffaut lui donnera sa chance en le faisant apparaître dans « Tirez sur le pianiste »

Truffaut imagine donc lui faire jouer le rôle du chanteur de bar dans son tout nouveau film « Tirez sur le pianiste » qu’il s’apprête à sortir avec, vous vous en souviendrez, Charles Aznavour dans le rôle titre du pianiste. Les chansons sélectionnées par Truffaut seront « Marcelle » et évidemment « Framboises » que vous entendrez aujourd’hui.

Tirez sur le pianiste

J’ai encore en mémoire la surprise et l’émerveillement aussi que j’ai éprouvé lorsque que j’ai vu ce film, pour la première fois, au début des années 60 à la vue de cet  « espèce d’hurluberlu » dont personne n’avait jamais entendu parler et qui surgissait dans le film, comme s’il sortait d’une boite à surprise. Et pour être tout à fait honnête, ce  moment magique avait en quelque sorte éclipsé toutes les autres images du film de Truffaut dans mes lointains souvenirs.

Vous trouverez tout d’abord une version audio de la chanson originale, gravée en studio par Lapointe. La qualité sonore de cet enregistrement  rend davantage justice à cette chanson que l’extrait vidéo qui suit. Mais  à titre de clin d’oeil,  vous trouverez ensuite l’extrait vidéo de « Tirez sur le pianiste », qui date de 1960, où Boby Lapointe fait une incursion  sur la scène du café (et le mot n’est pas trop fort)  pour y interpréter la même pièce. Il est amusant de constater que c’est François Truffaut, lui-même, qui a pris la décision de sous-titrer la scène où Boby Lapointe chante Framboise : les jeux de mots en tous genres sont tellement nombreux que, sans sous-titres, ce texte paraissait impossible à digérer.

Framboise ! (Paroles et musique par Boby Lapointe – 1960)

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Framboise !  (Paroles et musique par Boby Lapointe)

Elle s’appelait Françoise,
Mais on l’appelait Framboise !
Une idée de l’adjudant
Qui en avait très peu, pourtant,
(des idées)…
Elle nous servait à boire
Dans un bled du Maine-et-Loire ;
Mais ce n’était pas Madelon…
Elle avait un autre nom,
Et puis d’abord pas question
De lui prendre le menton…
D’ailleurs elle était d’Antibes !

Quelle avanie !
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

Pour sûr qu’elle était d’Antibes !
C’est plus près que les Caraïbes,
C’est plus près que Caracas.
Est-ce plus loin que Pézenas ?
Je n’sais pas :
Et tout en étant Française,
L’était tout de même Antibaise :
Et bien qu’elle soit Française,
Et, malgré ses yeux de braise,
Ça ne me mettait pas à l’aise
De la savoir Antibaise,
Moi qui serais plutôt pour…

Quelle avanie…
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

Elle avait peu d’avantages :
Pour en avoir d’avantage,
Elle s’en fit rajouter
A l’institut de beauté
(Ah – ahah ! )
On peut, dans le Maine-et-Loire,
S’offrir de beaux seins en poire…
L’y a à l’institut d’Angers
Qui opère sans danger :
Des plus jeunes aux plus âgés,
On peut presque tout changer,
Excepté ce qu’on ne peut pas…

Quelle avanie…
Avanie et Framboise
Sont les mamelles du Destin !

« Davantage d’avantages,
Avantagent d’avantage »
Lui dis-je, quand elle revint
Avec ses seins Angevins…
(deux fois dix ! )
« Permets donc que je lutine
Cette poitrine angevine… »

Mais elle m’a échappé,
A pris du champ dans le pré
Et je n’ai pas couru après…
Je ne voulais pas attraper
Une Angevine de poitrine !

Moralité :
Avanie et mamelles
Sont les framboises du Destin !

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Lire la biographie de Boby Lapointe

 

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  • Serge Reggiani – La Chanson de Maglia (Victor Hugo)
  • Juliette Gréco – Si tu t’imagines
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  • Guy Béart – Qu’on est bien + Vous
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