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Avant Piaf il y eut  Fréhel…

Nous remontons, aujourd’hui, quelque peu dans le temps.

Fréhel, de son vrai nom Marguerite Boulc’h, née à Paris,  le 13 juillet 1891,  est  une chanteuse qui marquera la période de l’entre-deux-guerres. Bien qu’auréolée de succès, Fréhel (ainsi surnommée en hommage au Cap Fréhel de sa Bretagne d’origine) connut une vie sentimentale désastreuse qui  finira par la plonger dans l’alcool et la drogue.

Symbole de la chanson française réaliste du début du XXème siècle, Fréhel présente une biographie digne des films les plus misérabilistes. Mais Fréhel est aussi une grande interprète, renommée pour son talent et sa personnalité autant que pour ses excès. La Bretonne de Paris est ainsi entrée dans la légende du Music-Hall, bien que sa vie ait souvent fait davantage parler que sa voix.

Fréhel c’est aussi, et surtout, la plus célèbre représentante de la chanson réaliste, avant Piaf. La chanson réaliste est ce genre musical apparu en France au début du XXe siècle, et popularisé pendant l’entre-deux guerres. Ses interprètes seront presque essentiellement des femmes. Il est caractérisé par des chansons à texte traitant de sujets dramatiques et empreints d’une noirceur certaine, souvent inspirés par le quotidien des quartiers populaires de Paris. Mais ces chansons avaient le grand mérite de s’intéresser de près à la misère et au quotidien des petites gens.

La chanson réaliste constitue une des sources majeures d’où émergea la grande chanson française et la chanson à texte. Il faut donc lui réserver une place de choix dans toute histoire de la chanson d’expression française. De l’intelligence vocale d’une Yvette Guilbert à la puissance douloureuse d’une Edith Piaf,  Fréhel  sera, en dépit de son destin tragique, l’âme véritable de la chanson réaliste.

Chanson nostalgique s’il y en est une, la chanson que je vous propose d’écouter aujourd’hui est un véritable classique de ce type de chansons.  Lorsque l’on entend cette voix au timbre chaud et puissant, on ressent comme un frisson tellement elle est présente et unique. Personnellement je ne me lasse jamais de l’écouter.

Dans la voix de Fréhel, c’est toute l’histoire de la chanson française – et pas seulement celle de Montmartre – qui défile devant nos yeux, comme dans un vieux film en noir et blanc.

FREHEL – Où est-il donc ?

Dans une deuxième vidéo, nous retrouvons une Fréhel vieillissante dans le film « Pepe le Moko », film mettant en vedette Jean Gabin  et  qui a été tourné en 1936.  Fréhel y joue le rôle d’une chanteuse oubliée du public — ce qu’elle est au moment du film — et elle se souvient de sa chanson « Où est-il donc ? ».  Un très touchant moment que nous offre le réalisateur Julien Duvivier et un document historique d’une inestimable valeur.

Fréhel en 1908 (alors connue sous le nom de Pervenche)


Fréhel – OÙ EST-IL DONC?

Paroles: A. Decaye, Lucien Carol, musique: Vincent Scotto, 1926

Y’en a qui vous parlent de l’Amérique
Ils ont des visions de cinéma
Ils vous disent « quel pays magnifique »
Notre Paris n’est rien auprès de ça
Ces boniments-là rendent moins timide,
Bref, l’on y part, un jour de cafard…
Ça fera un de plus qui, le ventre vide
Le soir à New-York cherchera un dollar
Au milieu des gueuse s, des proscrits,
Des émigrants aux coeurs meurtris;
Il pensera, regrettant Paris

REFRAIN:
Où est-il mon moulin de la Place Blanche?
Mon tabac et mon bistrot du coin?
Tous les jours étaient pour moi Dimanche!
Où sont-ils les amis les copains?
Où sont-ils tous mes vieux bals musette?
Leurs javas au son de l’accordéon
Où sont-ils tous mes repas sans galette?
Avec un cornet de frites à dix ronds
Où sont-ils donc?

D’autres croyant gagner davantage
Font des rêves d’or encore plus beaux
Pourquoi risquer un si long voyage
Puisque Paris est plein de gogos?
On monte une affaire colossale,
Avec l’argent du bon populo,
Mais un jour, crac… c’est le gros scandale:
Monsieur couera ce soir au dépôt!
Et demain on le conduira
Pour dix années à Nouméa.
Encore un de plus qui dira:

REFRAIN

Mais Montmartre semble disparaître
Car hélas de saison en saison
Des Abbesses à la Place du Tertre,
On démolit nos vieilles maisons.
Sur les terrains vagues de la butte
De grandes banques naîtront bientôt,
Où ferez-vous alors vos culbutes,
Vous, les pauvres gosses à Poulbot?
En regrettant le temps jadis
Nous chanterons, songeant à Salis,
Montmartre ton « De Profundis! »

REFRAIN

Lire la biographie de Fréhel

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